Laetitia Carelle Goli: Féministe, Activiste et Maman accomplie

Carelle Leatitia en couverture de Etincelante webzine du mois de mai 2021

Du haut de ses 30 années de vie, Laetitia Carelle Goli est ivoirienne et connue comme étant activiste proactive. Diplômée d’un master de Droit Public International de l’Université catholique de l’Afrique de l’Ouest d’Abidjan, Dame Goli est engagée sur la thématique  de la citoyenneté depuis plusieurs années auprès d’associations de jeunesse, qui luttent pour la démocratie et la bonne gouvernance. Activiste politique, féministe, elle a travaillé comme rédactrice d’articles politiques et  chroniqueuse pour des médias en ligne. Son engagement féministe l’emmène à dénoncer et à agir contre les violences sexuelles faites aux femmes, et à aider les victimes en les orientant vers une assistance totale.   De janvier 2019 à janvier 2020, elle fut la conseillère politique pour le genre et le féminisme de la Fondation Friedrich Ebert (Bureau d’Abidjan). Elle est aujourd’hui consultante analyste politique pour des organisations internationales. Elle est aussi la responsable juridique de la ligue ivoirienne des droits des femmes. Depuis novembre 2020, elle est consultante en compliance et investigation.

Etincelante : Vous faites partie des personnalités ivoiriennes qui prônent le féminisme, comment avez-vous découvert ce « mouvement »?

Laetitia Carelle Goli : J’ai découvert le féminisme progressivement par la lecture et les recherches. Au début de mon engagement, je ne savais pas que je faisais du féminisme. C’est au fil du temps que ça s’est imposé comme une évidence.

Etincelante : Pour vous, c’est quoi être féministe en Afrique de l’Ouest ?

L.C.G: Etre féministe en Afrique de l’Ouest, c’est lutter encore contre les tabous sociaux, un contexte socio-culturel et religieux pesant pour la femme, se heurter à la mauvaise foi et à l’incompréhension des gens face au féminisme. Mais c’est aussi se battre dans une des régions d’Afrique où les droits des femmes sont encore ignorés. Nous faisons face à beaucoup de violences basées sur le genre. L’Afrique de l’Ouest a un taux de mariage forcé/précoce et de mutilations génitales féminines encore à la hausse. C’est la sous-représentativité des femmes dans les espaces de décision et d’éducation. Même si certains pays comme le Sénégal et le Burkina-Faso font office de bons élèves en la matière.

Etincelante: Quelles sont vos attentes sur l’avancée des droits des femmes en Afrique?

L.C.G: L’acceptation de l’égalité, comprendre qu’en tant qu’humains nous sommes pareils. Évidemment cette égalité va avoir un impact sur la réduction des violences, des abus… J’espère qu’un jour, il y aura une rééducation de la société entière et une redéfinition des concepts de masculinité et même de féminité qui remettront en cause beaucoup de conceptions erronées. Du reste, il faut que politiquement les femmes soient représentées tant quantitativement que qualitativement pour accélérer leur prise en compte dans les processus décisionnels.

Etincelante: Qu’est-ce qui vous révolte encore en tant que femme aujourd’hui ?

L.C.G : Avant je vous aurais dit être femme me révoltait, la condition féminine en elle-même. Le fait qu’être une femme est quelque de manipulé, de contextuel. Le fait que chaque culture ou pays ou continent a fait de la femme ce qu’il voulait. Et que quelque soit l’endroit, les femmes n’ont presque pas leur place ou doivent se battre pour exister. Mais maintenant ce qui me révolte ce sont les violences récurrentes surtout sur les enfants et le sort réservé aux victimes.

Etincelante: Qu’est-ce-qui vous touche spécifiquement dans le féminisme ; avez-vous des sujets qui vous tiennent à cœur ?

L.C.G: La sororité (Solidarité entre femmes). De plus en plus de femmes font fi de leurs origines, langues, conditions sociales ou religions pour faire front à cette condition  féminine et aux injustices. Elles font du féminisme une aventure humaine chaleureuse unique et extraordinaire.

Etincelante: Le féminisme est traversé par plusieurs courants, quels sont selon vous les enjeux qui sont au cœur de la lutte féministe de nos jours?

L.C.G: Je pense que si l’on doit parler du féminisme aujourd’hui on devrait le circonscrire à celui que nous vivons. Il est africain, plus axé sur la première et deuxième vague du féminisme c’est-à- dire acquérir les droits politiques et la liberté de disposer de son corps. On parle d’accès à la contraception, de droit à l’avortement, de choisir de faire ou de ne pas faire d’enfants et même encore de se battre contre les violences.

Etincelante: Est-il possible d’être féministe et de parler positivement de la maternité ? 

L.C.G: Bien entendu. Féminisme et maternité ne sont guère antinomiques. La maternité est une réalité particulièrement féminine. Les féministes tentent même de déconstruire ses tabous, d’aider les mères et les futures mères surtout en apportant l’aide psychologique nécessaire. Et encore ici on se bat pour que les taux de mortalités maternelles et infantiles baissent.

Etincelante: Êtes-vous différente des autres mamans ?

L.C.G: Je pense que chaque maman est différente des autres mamans.

Etincelante: Qu’est-ce que le féminisme pourrait apporter de plus dans l’éducation de votre fille?

L.C.G: Je suis heureuse d’avoir été féministe avant d’être maman. Car aujourd’hui je compte éduquer ma fille non pas comme une fille mais comme un enfant, un humain. Je ne pense pas la cantonner dans une « case » et l’obliger à y rester. Je vais lui apprendre à explorer chacun de ses potentiels, je vais lui apprendre à aimer le monde en le découvrant. Chez moi, il y a des poupées, des robots, des ordinateurs, des voitures… Elle saura si elle veut faire la cuisine ou aimer le football. Je vais lui apprendre à parler, à s’exprimer, à ne pas être un beni-oui-oui qui doit tout approuver. Pour moi, une fille est capable du meilleur. Il faut juste lui dire et l’éduquer pour ça.

Etincelante: Qu’est-ce qui a changé dans vos comportements depuis la naissance de votre fille ? 

L.C.G: Devenir maman c’est allouer son temps à une autre personne. C’est principalement le fait que maintenant je n’ai plus de liberté totale et absolue parce qu’elle dépend de moi et  c’est surtout une joie immense.

Etincelante: Pouvez-vous définir votre parentalité en trois mots ?

L.C.G: Découverte – Féminisme- Amour

Etincelante: Comment organisez-vous votre quotidien depuis que votre « petite » est là ?

L.C.G: J’essaie de prévoir, de m’appuyer sur mon aide-ménagère et sur ma famille. Je rentre aussitôt que possible pour profiter de mon enfant.

Etincelante: Quel est votre leitmotiv (phrase, citation…) ?

L.C.G:《L’humanité préfère à la vie des raisons de vivre: Simone de Beauvoir.

Etincelante: Qu’est-ce qui vous motive chaque matin ? Trouvez-vous du soutien dans votre entourage ?

L.C.G: Les messages de ces femmes qui nous remercient. Parfois d’amies insoupçonnées. Le fait d’avoir l’impression de contribuer à un changement global et positif. Les proches aussi m’épaulent bien entendu.

Etincelante: Qu’est-ce qui fait que vous êtes épanouis?

L.C.G: Le fait que je me sente libre et totalement capable de contribuer à impacter une génération entière.

Etincelante: Quels sont vos projets ?

L.C.G: Formaliser mon académie politique, terminer mon ouvrage, ouvrir un cabinet de consultance et pourquoi pas avoir un centre d’éducation au féminisme.

Etincelante: Dans cinq ans, en termes de projection, vous vous définissez comment?

L.C.G : Hmm toujours en train de voyager pour le boulot. Mais, avec une relève plus jeune pour aider à perfectionner ce combat.

Etincelante: Nous revenons sur la maternité, quelle vision aviez-vous d’elle avant d’être maman? 

L.C.G: Franchement je n’en ai jamais pensé. La maternité ne m’a jamais vraiment traversé l’esprit.

Etincelante: Votre perception a-t-elle changé ?

L.C.G: Non. Je crois qu’on peut être une bonne mère sans faire de fixation sur la maternité. On apprend et on y ajoute sa touche personnelle.

Etincelante: Comment définiriez-vous votre féminisme ? 

L.C.G: Intersectionnel. Pour moi c’est l’action de toutes les femmes qui sera significatif.

Etincelante: Dans votre agenda 2021, vous citez de nombreuses féministes qui ont jalonné l’histoire de l’Afrique, quelle est celle qui vous inspire le plus et pourquoi ?

L.C.G: Aoua keita du Mali. Elle a été figure de proue politique, elle fait partie des premières femmes politiques et syndicalistes et c’est un exemple extraordinaire car elle était sage-femme. C’est une femme qui a émancipé beaucoup d’autres et qui a aidé le RDA, les femmes maliennes. Il y a aussi la mère de Fela Kuti qui a sensiblement fait le même combat au Nigeria et est devenue la première femme dans ce pays à avoir eu un permis de conduire. Jusque-là, le permis est interdit pour certaines femmes notamment dans les pays du golf. Donc, elle reste un symbole.

Etincelante: Parlez-nous de l’académie politique !

L.C.G: Un programme de formation politique est donné à des femmes qui souvent n’en savent rien pour susciter l’intérêt et le goût de l’engagement. Il y a de la science politique (allégée) les réalités politiques et les formations pratiques notamment pour celles qui sont déjà sur le terrain.

Etincelante: Quel message avez-vous à l’endroit de ceux qui méprisent le combat des féministes ?

L.C.G: Que si même Dieu ne fait pas l’unanimité, nous ne pouvons y prétendre. Mais, le féminisme aujourd’hui s’impose et a démontré qu’il va grandir et changer beaucoup de choses.

Etincelante: Encore en 2021, nous assistons au sempiternel débat autour de l’accouchement par la césarienne et celui fait par la voie basse. Votre avis?

L.C.G: Je pense que tout accouchement est égal à un autre. La femme césarisée n’est pas moindre que celle qui a procédé à un accouchement par voie basse. N’oublions pas que la césarienne est une opération chirurgicale et que contrairement à l’imaginaire collectif il y avait beaucoup de mortalité maternelle en Afrique. Nous sommes nous déjà demandés si la césarienne à cette époque aurait aussi sauvé des vies? Du reste en tant qu’intervention chirurgicale, c’est une épreuve morale et physique que traversent ces femmes et c’est amplifier leur douleur que de le sous-estimer. Malheureusement, ces préjugés ôtent la vie à des femmes qui refusent les césariennes même quand c’est nécessaire pour mériter le titre de « femme capable ou forte ». Une femme qui accouche est entre la vie et la mort. Et nous sommes heureuses de voir les mamans rentrer munies de leurs bébés quelque soit la forme de l’accouchement. Aidons ces femmes et félicitons-les au lieu de les acculer, les blâmer et de les faire culpabiliser.

Etincelante: A quoi ressemble une journée de travail de Carelle ?

L.C.G: Je n’ai pas forcément de journée type. Dans la mesure où je suis consultante. Mais je vous donne un exemple de jour faste. Je me lève très tôt, j’ai soit un conf-call (réunion virtuelle) soit un rendez-vous (rdv) à l’extérieur où je distille une formation. Ensuite les rdv sont parfois superposés donc c’est très peu de temps pour se reposer et dans ces cas-là, un imprévu peut tout faire chambouler. Il y’a aussi les cas de la ligue à gérer, les articles à écrire etc… On s’arrange à trouver des créneaux horaires pour répondre présente à toutes les obligations. Et, je rentre parfois vers 19h/20h et quand ma fille dort je travaille sur mes sites ou mes rapports jusqu’à 2h voire 3h  du matin. Je me réveille tôt. Je suis sur pieds à 5h. Mes amis (es) me demandent parfois si je dors. Ils voient les heures des dernières connexions. Je suis une hyperactive mais les fatigues sont souvent intenses aussi. Même durant la grossesse l’énergie n’a pas baissé. Par ailleurs, la maternité aussi m’a aidée à garder ce rythme car vous savez que les mamans ne dorment pas beaucoup surtout les premiers mois.

Etincelante: Que peut-on retenir de vous ?

L.C.G: Quelque soit sa position et ses moyens, on peut aider ne serait-ce qu’une seule personne et aider à faire changer les choses qu’on n’accepte pas.

1 Comment

  • Assoumane abibata
    11 mois ago Reply

    Bonjour moi c’est ABIBATA je veux devenir comme vous aidé moi

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